Dans le Nouveau Testament, le cadre de la liturgie (c’est-à-dire le déroulement et le contenu de la célébration) et des prières juives est très présent, dans les récits des évangiles notamment. Jésus prie et apprend à ses disciples à prier. Paul commence chacune de ses épîtres par une salutation et une prière d’action de grâce pour ceux à qui il s’adresse. Le livre de l’ Apocalypse, dont plusieurs visions forment une grande liturgie céleste, est jalonné d’hymnes et de louanges à Dieu le Père et à l’Agneau, le Christ ressuscité.

Le Notre Père, qui est commenté dans tous les catéchismes protestants, indique que la prière est
prière de demande, prière de repentance, prière de louange voire prière d’intercession…
Au XIXe siècle, un certain nombre de théologiens ont estimé que la demande ne relevait pas de
l’essence de la prière, notamment parce qu’elle s’opposait à l’idée que Dieu sait dont nous avons besoin, et
qu’elle était donc inutile… Mais la tradition protestante, depuis les débuts jusqu’à nos jours, n’a jamais rejeté
les demandes, même concrètes, et elle peut se réclamer en cela du Notre Père.
Le Grand Catéchisme de Martin Luther précise quelles réalités concrètes recouvre la quatrième
demande, celle pour le pain quotidien, à savoir non seulement le manger et le boire, mais aussi des relations
authentiques et la paix qui les favorise :
pour le dire en bref, cette demande comprend tout ce qui est nécessaire à cette vie tout entière en ce monde
[…]. Or, pour vivre, il ne suffit pas que notre corps ait subsistance et couverture [1 Timothée 6, 8] et autres
choses nécessaires ; il faut encore que parmi les gens avec lesquels nous vivons et que nous fréquentons
dans les relations quotidiennes et les affaires de toutes sortes, nous connaissions la tranquillité et la paix.
Bref, cette demande comprend tout ce qui concerne, à la fois, la vie de la maison et les relations avec les
voisins ou les affaires publiques” (Traduction Martin Luther, Œuvres [MLO], t. VII, p. 113).
Dans sa réponse à la question “Que faut-il entendre par le pain quotidien?”, le Petit Catéchisme,
destiné ramasse en quelques lignes les développements du Grand Catéchisme : “Tout ce qui fait partie de la
nourriture et de l’entretien du corps, tel le manger et le boire, les vêtements, les chaussures, la maison et
son train, les champs, le bétail, l’argent et les biens; une épouse pieuse, de bons enfants, de bons
domestiques, des magistrats pieux et fidèles, un bon gouvernement; des saisons favorables, la paix, la
santé, une bonne conduite, l’honneur, de bons amis, des voisins fidèles, et des choses semblables.” (MLO
VII, 176s.)
À cause de Jésus-Christ, et en raison de son ordre seulement, nous avons le droit de prier pour les biens
nécessaires à la vie, et c’est à cause de lui que nous devons le faire avec confiance. Mais lorsque nous
recevons ce dont nous avons besoin, nous ne devons pas cesser de remercier de Dieu, de tout cœur, de ce
que, à cause de Jésus-Christ, il nous témoigne tant de grâce. (Dietrich Bonhoeffer Werke [DBW], t. 5, 123).
Autrement dit, ne pas prier Dieu pour le pain quotidien et pour les choses concrètes de la vie, c’est
finalement, aussi, se priver de l’occasion de lui rendre grâces pour ces dons.
Cette prière de demande n’est pas une prière inquiète ; c’est la prière des enfants de Dieu, qui
savent qu’il prend soin d’eux. Prier, c’est remettre son souci à Dieu ; c’est laisser Dieu se soucier. Dans le
protestantisme, qui attend tout de la grâce de Dieu, se savoir dépendant du Créateur est une bonne
nouvelle, une nouvelle réconfortante – et non pas une atteinte à la liberté ou aux potentialités humaines. Le
protestant est heureux que, en fin de compte, son existence dépende de Dieu plus que de ses capacités
limitées et de sa volonté faillible.